Retraite précoce à 39 ans

Après 9 ans de retraite précoce, j’ai encore du mal à y croire!

Quand j’ai quitté définitivement le monde du travail en 2017, j’ai eu peur.

Peur de m’ennuyer, peur de m’isoler, peur de me sentir inutile, peur de perdre l’identité que me procurait ma job, peur de manquer d’argent.

Difficile de faire autrement quand ton banquier discrédite ton plan de retraite et que tout le monde a sa petite théorie sur tout ce qui peut mal aller.

J’ai douté. Plus que je l’ai laissé paraître.

Certes, neuf ans plus tard, je constate que j’étais dans le champ. Et mon banquier aussi!

Voici un bilan 100% honnête:

Le hamster

Le 9 à 5 est un tourbillon. Inutile d’essayer de nager à contre-courant, on se laisse porter par la vague et on subit.

Un courriel avec un petit drapeau rouge, une rencontre urgente, un collègue malade, une restructuration organisationnelle, un accident sur la 40… On est toujours en réaction.

C’est seulement une fois couché dans son lit, tous les écrans fermés, qu’on sort enfin la tête de l’eau. Les grandes questions existentielles surgissent (surtout le dimanche soir).

Or, une fois retraité, ce moment de lucidité devient quasi-permanent. Sans toutes les distractions, ça laisse beaucoup de place à la réflexion.

Qui suis-je vraiment, derrière les étiquettes apposées par la société? Quels sont mes intérêts réels, au-delà de ceux inscrits dans mon CV? Quelle est MA définition de la réussite?

Le métro-boulot-Costo-dodo est étourdissant, mais la vie à l’extérieur de la matrice l’est tout autant. Du moins, dans les premiers temps.

Quand toutes les remises en question étouffées pendant des décennies émergent enfin, le petit hamster se fait aller!

De workaholic à funaholic

Nous ne sommes pas programmés pour vivre librement.

Nos parents, nos profs, puis nos patrons nous disent quoi faire et dictent notre emploi du temps. On suit la parade! C’est sécurisant et confortable.

Puis, à la retraite, on se retrouve comme un wagon sans locomotive. Habitué à se laisser porter par la routine, on ne sait plus trop comment occuper ses journées.

Pour ma part, j’ai vacillé durant plusieurs mois.

Au début, je voulais trop en faire. Chaque heure non-travaillée se devait d’être une expérience extraordinaire. J’avais L’OBLIGATION de savourer chaque instant à fond.

Un pique-nique avec un ami, un 5 à 7 avec un autre, un film au cinoche entre les deux. Je poursuivais machinalement la course effrénée que j’avais entamée dans le monde corpo.

De workaholic à « fun-aholic »!

Pas facile de se défaire de la culture de la performance. Ironiquement, ça m’a pris pas mal d’efforts pour devenir moins performant (et plus heureux).

L’enrichissement involontaire

Au niveau financier, j’ai fait l’inverse. J’ai dépensé très peu lors de mes premières années de retraite.

Dès la deuxième année, en 2018, les indices boursiers ont reculé et j’ai eu la trouille. Surtout que plusieurs économistes annonçaient le début de la fin.

Donc, nous avons mangé moins de Damas et plus de Mama Bangkok.

Puis, contre toute attente, la bourse s’est enflammée. Avec des dépenses modestes et des rendements annuels de 15-20%, l’enrichissement fut quasi-inévitable.

Même l’inflation n’a pas été de taille contre la machine à croissance qu’est la bourse.

Parmi les 72 scénarios que j’avais analysés avant de dire adieu à mon boss, aucun ne s’est approché de la réalité. En fait, l’astrologie aurait probablement donné des prédictions plus justes!

Bref, j’ai aujourd’hui beaucoup plus de latitude budgétaire. Je pourrais me payer un gros pickup, si l’envie me prenait. 😉

À mi-chemin entre LEAN FIRE et FAT FIRE, je suis désormais CHUBBY FIRE.

La petite vie

À la retraite, plus on passe du temps en couple, confinés à un petit espace, plus nos défauts sont exposés, voire amplifiés. Vous en avez eu un aperçu durant la pandémie.

Dans mon cas, la retraite a révélé mon côté hyperactif, neat freak et impatient.

Je suis du genre à passer l’aspirateur, à pleine vitesse, en époussetant les meubles au passage et en écoutant de la musique à tue-tête.

Pas idéal pour Van-Anh qui pratique la méditation et le yoga!

Je me souviens d’une fois où elle a levé les bras en l’air en signe de victoire quand je lui ai annoncé que j’allais écrire un article de blogue à la biblio. « Alléluia!!! »

Une fois retraité, la petite routine peut vite devenir écrasante. D’où l’importance d’initier des projets qui donnent un nouveau sens à son existence.

Comment faire?

En arrêtant de se regarder le nombril et en levant les yeux vers le monde, il est extrêmement facile de trouver quelqu’un à aider ou quelque chose à embellir.

Voilà, selon moi, l’ultime façon de se réaliser (et de donner un break à sa blonde).

Le niveau supérieur

Est-ce que je vous ai dissuadé de vouloir prendre une retraite hâtive?

Bien que ce mode de vie requiert un effort d’adaptation, je crois qu’il permet de débloquer le niveau supérieur de la pyramide de Maslow.

Les questionnements et les remises en question, quoique inconfortables, mènent à une meilleure version de soi-même.

Après plusieurs essais et erreurs, je me suis bâti une « vie sur mesure ». Une vie extraordinairement lumineuse et satisfaisante.

Ma recette:

  • Passer l’hiver au Vietnam et l’été à Montréal.
  • Partir en voyage à quelques heures de préavis.
  • Aider les autres.
  • Planifier les journées, une heure à la fois, selon la météo.
  • Réaliser des projets, à mon rythme, selon mes valeurs.
  • Me déplacer à vélo ou à pied.
  • Me réveiller sans cadran.
  • Prioriser ma santé.
  • Faire des rencontres inspirantes.
  • Créer.
  • Vivre.

Van-Anh et moi, n’arrivons toujours pas à y croire. Régulièrement, nous nous regardons en disant « C’est quand même pas normal ce qui nous arrive! »

C’est avec beaucoup d’humilité et de gratitude que nous vivons notre « best life ».

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus par rapport à la retraite?

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16 commentaires

  1. Salut JS,
    C’est un arrêt de 6 mois pour épuisement professionnel qui m’a obligé d’apprendre à ralentir et à sortir de l’anxiété de performance. Ça été anxiogène au début, je me cherchais des objectifs, des projets, tout pour remplir l’impression de vide d’être devant une infinité de choix.
    J’ai fini par ralentir et finalement me reposer. Apprendre le bonheur du rythme lent, la créativité que catalyse l’ennui.
    Finalement, au moment de retourner au travail, les conditions de retour progressif me semblaient trop contraignantes, elles me mettaient en plein visage les raisons qui m’ont mené à l’épuisement… J’étais guéri et je ne voulais plus accepter de revenir au même rythme.
    Par chance, ce 6 mois d’arrêt m’a permis de passer de la phase d’accumulation à la phase de decaissements en douceur. On ne le lit pas souvent, mais ce changement est difficile, c’est contre nature après des années frugales à investir de décaisser. Ça et le repos forcé m’a ouvert la voie toute grande pour passer au mode FIRE. Je ne suis pas retourné au travail finalement…

    1. Salut Étienne,

      Je suis content d’avoir de tes nouvelles!

      Ça prend souvent un événement déclencheur pour nous forcer à sortir de notre zone de confort. Moi aussi, à l’époque, j’ai été témoin de plusieurs collègues qui sont partis en congé de maladie à cause d’épuisement. Je me voyais comme la prochaine victime.

      Pour ce qui est du décaissement, oui, en effet, c’est un choc. J’envisage en parler dans un prochain article. Nous avons encore parfois du mal à dépenser.

      Profite pleinement de ta liberté!

  2. Je suis rendu retraité depuis Septembre 2025. J’ai été « forcé » de quitter la compagnie à laquelle j’étais actionnaire et que nous avions vendu en 2022. Comme il arrive souvent dans ce genre de transaction, le nouveau management place ses pions et l’ancienne garde est poussée dans le précipice ! 🙂 Je n’étais plus heureux de toute façon et c’était clairement la meilleure chose qui pouvait m’arriver. Je viens de franchir mes 50 ans et j’avais prévu depuis longtemps ce jour ou je quitterais (ou que je me fasse « quitter ») donc j’avais investi dans l’immobilier et à la bourse depuis 2003. La finalité est que je goute désormais à la liberté, une liberté qui m’était accessible depuis près de 8 ou 10 ans mais la peur de l’inconnue m’a fait accrocher à une job que je n’aimais pas. Ma créativité est maintenant revenue et j’ai la tête plein de projets. J’ai des journées tellement remplis de chose que j’aime faire. La cerise sur le sunday est que mon décaissement est bien plus bas que l’augmentation de ma valeur. La roue est en partie et elle ne semble pas vouloir ralentir!

    1. Félicitations Steve!

      Tu avais un plan B, alors disons que ça aide pas mal à relativiser ce genre de situation. Ce qui aurait pu être perçu comme un malheur (pour la plupart des travailleurs) est pour toi un bienfait.

      Après quelques mois de liberté, tu dois commencer à trouver ton rythme. En plus, le beau temps arrive!

      Quand tu veux pour une bière en terrasse!

  3. Chubby FIRE ????????????

    Prendre sa « retraite » c’est aussi prendre du temps pour découvrir qui on est réellement. Notre style de vie est souvent façonnée par les autres, familles, amis, collègues, qui pensent nous connaitre et qui s’attendent à ce que l’on fasse ceci ou cela. C’est surtout ça qui est désemparant, retrouver sa voie, ce qui nous rend heureux, sans agir en fonction des autres.

    Et ça prend du temps pour le réaliser… d’où l’idée de commencer jeune ????

    Bravo pour ce parcours !

      1. Bonjour,
        Je veux simplement te remercier d’avoir partagé ton parcours et de continuer de le faire.
        J’ai vraiment beaucoup appris grâce à ton blog et surtout tu m’as donné un point de vue différent qui m’a fait remettre en question beaucoup de choses que je croyais être inévitable.
        J’ai ensuite lu d’autre blogs, écouter des podcast et lu plusieurs livres et j’ai finalement pris le contrôle de mes finances et investit moi-même.
        Je suis sur la voie d’être financièrement indépendante dans 9 ans, et je suis confiante de pouvoir aider mes enfants dans leurs apprentissages financiers.
        Tout ça c’est parce que je suis tombée par hasard sur ton blog, il y a quelques années.
        Alors un gros merci pour le partage, tu changes des vies 🙂

    1. Salut David!

      Mon budget n’est pas obèse, mais légèrement enveloppé.

      Je dirais même que cette réflexion devrait débuter avant la retraite. Le regard des autres nous mène parfois à prendre des décisions ridicules. Il suffit de marcher au centre-ville durant le Grand Prix pour le constater. 😀

      À bientôt mon ami!

  4. Je suis pas mal dans le minimalisme … mais comment ça prend réellement pour prendre une retraite comme la vôtre ? Vous ne mettez jamais de chiffre. Vos placement c’est quoi? Économiser juste en 10 ans ??si vous vous l’avez fait . Je pense que je pourrais le faire . Personne ne met leurs actifs sur YouTube . Mouillez vous un peu !! Haha . Je veux une vie libre comme la vôtre !! Merci!

    1. Une règle du pouce est d’avoir en caisse 25 fois votre cout de la vie car ça correspond à un rendement de 4%). Donc, il vous faut commencer par savoir combien ça vous coute de vivre. Vous pouvez aller voir sur le site de la RRQ qui a un excellent calculateur de retraite.

    2. Si vous visez FIRE avec des enfants, et que vous êtes à la recherche d’inspiration et/ou de motivation via les données, je publie ouvertement mes chiffres sur mon blogue (actifs, passifs, actif net, budget, valeur et composition du portefeuille, etc.). Ça peut vous donner une idée…

    3. Salut Mathieu,

      Plusieurs blogueurs partagent déjà leurs chiffres et ils sont pas mal toujours similaires.

      Les couples ont normalement environ 1M$ (environ 500k – 600k$ par personne) au moment de se déclarer FIRE.

      Mon cas n’est pas bien différent.

      Ce montant est calculé grosso modo en multipliant les dépenses annuelles par 25 (ou par 33 pour les plus conservateurs).

      Le parcours vers la l’indépendance financière m’a pris environ 14 ans. J’explique les détails dans mon livre, La retraite à 40 ans. Voici un résumé: Mon plan pour la retraite

      Depuis quelques années, j’investis dans XEQT. Voici mon article sur le sujet: Les nouveaux FNB dont votre banquier ne vous parlera jamais

      Voici un exemple concret qui illustre le processus pour devenir millionnaire: Comment investir en bourse et devenir millionnaire?

      Bon parcours vers la liberté!

  5. Salut J-S, merci de continuer à documenter ton parcours et à partager tes réflexions avec la communauté FIRE du Québec.

    Je pense que le « bon équilibre » est un aspect qu’on sous-estime souvent dans le mouvement FIRE : même une fois l’indépendance financière atteinte, l’équilibre n’est jamais vraiment « atteint » une fois pour toutes.

    Dans notre cas, après 5 ans en mode Coast FIRE, on réalise encore à quel point les projets évoluent, les besoins changent et les remises en question reviennent constamment. Les enfants grandissent, notre vision de la vie change aussi, donc il faut continuellement s’adapter et ajuster le plan.

    Ce n’est pas toujours simple à vivre, malgré l’immense privilège que cela représente! Mais en même temps, sans cette indépendance financière, on n’aurait probablement pas la liberté de faire ces choix-là et de réorienter notre vie au fil du temps.

  6. Bonjour…!
    Retraitée depuis 4 ans et demie, c’est la pandémie qui m’a fait réfléchir.
    Au premier confinement, à quitter pour 3 semaines (qui fut plutôt 3 mois), un retour progressif au bureau (PVM) et ne pas faire 3 heures de train – par jour – la question s’est imposée: si j’ai adoré mon premier 50 ans, que ferais-je de mon 50 ans suivant?

    Comme il n’y a pas de chiffre magique pour tous, tout fut révisé. Dépenses assez simples, FNB répartition d’actifs, plan financier. Delà j’ai pris ma décision.

    J’ai conservé un rythme tout doux – Lève très tôt, j’ai approché mes journées selon mes envies et météo. C’est encore le cas aujourd’hui.

    À refaire? Je l’a prendrais plus tôt!

    Merci pour vos partages – Vous êtes inspirants tous les deux. ????

  7. Vous sentez-vous aussi, par les temps qui courent à leur perte globale, comme du baloney entre deux tranches de pain blanc? Allez, déballe les chiffres d’horreur en toute transparence? 🙂

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