Le vehicule qui détruit la richesse

Les véhicules utilitaires identitaires

Plusieurs Québécois vivent dans l’attente de leur prochain char. Celui qui sera plus gros, plus prestigieux, plus à leur image. Celui qui rendra leur quotidien « exaltant et électrisant » (extrait d’une pub).

Pris dans un bouchon sur la 15, ils fantasment à la fin de leur contrat de location et au buzz de dopamine qui accompagnera leur prochain véhicule.

Plus que 3 mois à faire, faut pas craquer!

Anesthésiés par l’humour facile de la bande FM, ils subissent les journées en attendant le niveau supérieur.

Car, dans la pyramide sociale, c’est la marque de son char qui signale son ascension: Kia pour le commis, Audi pour le directeur et Range Rover pour le boss.

Alors que tout le monde se dit insensible au marketing, dans les faits, on est manipulé par les publicitaires comme des marionnettes.

Et, par le fait même, on accorde immensément trop d’argent à un objet qui devrait être strictement utilitaire (comme son nom l’indique).

Le prix du steak haché n’est qu’une distraction, votre vrai problème financier est stationné devant chez vous.

Plus gros

Les gros chars sont à la mode.

Que ce soit pour le sentiment de sécurité, pour le prestige, pour le confort ou pour être « plus intimidant sur la route » (extrait d’une autre pub), chacun y trouve son compte.

Les VUS et les camionnettes représentent désormais 88% des véhicules neufs au Canada (source). Et le Ford F-150 trône toujours au sommet des ventes.

Or, au-delà de l’image de l’aventurier urbain imaginée par les publicitaires, ces véhicules sont rarement adaptés à nos besoins réels.

Quand je vois un pickup « jacké » roulant à 120 km/h sur l’autoroute, l’image d’un joggeur qui court avec des bottes de travail me vient en tête.

Des pneus de tracteur, une cabine juchée à 4 pieds du sol, une calandre démesurée… pour faire la navette entre St-Jérôme et Montréal.

Un véhicule pourrait difficilement être moins adapté à son environnement (et plus coûteux à opérer).

Et quand je vois quelqu’un essayer de stationner son Tahoe à l’épicerie, je m’amuse à compter le nombre de « va-et-vient » nécessaires pour compléter le virage.

Puis, une fois stationné, une petite marche sort sous la portière pour permettre à son occupant de descendre.

Est-ce que c’est juste moi qui trouve ça hilarant?

Plus bruyant

Un autre moyen de compenser pour ses lacunes physiques (ou affectives) est de faire du bruit.

Les systèmes d’échappement de type «straight pipe » permettent aux conducteurs d’obtenir l’attention qu’ils méritent. C’est-à-dire: TOUTE L’ATTENTION!

Donner des coups d’accélérateur pour faire résonner le pot d’échappement aussi fort que possible, voilà comment certaines personnes affirment leur statut d’alpha.

À moins que ce soit un appel à l’aide? J’ai de plus en plus de mal à départager « virilité » et « insécurité ».

Plus prestigieux

Enfin, il y a le logo. Un symbole placé en évidence sur le capot qui révèle son rang social, ses aspirations, ses valeurs et son niveau de richesse.

Voilà le moyen de se démarquer. Quoique…

Ferdinand Porsche aurait dit: « Le jour où je verrai des Porsche à chaque coin de rue, je saurai que j’ai échoué. »

L’échec est évident. Les Porsche ne sont plus des véhicules exclusifs. Les Cayenne et les Macan, souvent blancs (pour ajouter l’insulte à l’injure), sont partout.

Les véhicules de luxe qui étaient, à une époque, réservés à l’élite, sont désormais destinés à ceux qui accordent assez d’importance à leur look pour s’endetter afin d’en conduire un.

Manger chez Marven’s est, à mes yeux, plus prestigieux que de conduire une Mercedes; puisque ce resto n’accepte pas les cartes de crédit.

Il faut avoir l’argent AVANT d’en profiter.

Moins libre

Toutes les pubs de char prônent la liberté. Ironiquement, ce poste de dépense est le plus grand destructeur de liberté financière qui soit.

Les médias traditionnels, qui survivent grâce à ces mêmes pubs, font diversion en mettant l’emphase sur le prix des fournitures scolaires ou des Whippet.

En fait, la cause réelle de l’appauvrissement des Québécois est mieux illustrée durant les pauses publicitaires que durant le bulletin de nouvelles lui-même.

Libre à chacun d’acheter le véhicule qu’il désire. Tous les goûts sont dans la nature.

Cependant, en conduisant une berline au lieu d’un VUS, vous pourriez économiser 2 000$ à 4 000$ sur 5 ans (source US).

Une Camry au lieu d’un RAV4. Pas une grosse « drop » identitaire!

Pris dans le trafic, vous pourrez ainsi imaginer votre prochain voyage au lieu d’espérer être assis dans un plus gros char.

Bonne saison des cônes à tous les Montréalais!

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15 commentaires

  1. Petite nuance cependant…
    J’ ai beaucoup travaillé et j’ ai pu prendre ma retraite jeune.
    Mes reer et celi sont remplis, mon hypothèque est payé, je fais 2-3 voyage par année.
    Je viens de m’acheter un grand Cherokee tout équipé…et ça me rends heureux.
    Pas pour flasher mais j’ ai toujours aimé les belles voitures et c’ est ma seule follerie.
    Je peux me le permettre alors, pourquoi pas?

    1. Sur l’ensemble de son cycle de vie (200 000 km), la fabrication et l’utilisation d’un VUS à essence génèrent environ 55 tonnes d’équivalent CO2, dont 8 à 12 tonnes sont émises avant même qu’il ne roule.

      Alors j’ai envie de te dire : merci pour ta contribution et pour encourager nos amis les américains! Au moins, ça te rend heureux.

  2. Mon conjoint et moi-même on travaille au même endroit. Lorsque nos véhicules étaient rendus trop vieux, plus de 12 ans, on a décidé de les vendre et on a racheté un seul véhicule. Donc officiellement j’en ai plus et mon chum en a un. C’est fou le nombre de commentaires que j’ai eu! Comme quoi c’était un risque, que je perds mon indépendance… on fait quoi si on doit tous les deux sortir chacun de notre bord? etc… ça m’a surprise comment plusieurs femmes voient leur auto comme un pillier de sécurité en cas de séparation sur le champ non prévue lol. Pourtant y’a plein d’autres solutions. Bref on économise en fou!!

  3. Je suis à la fois entièrement d’accord avec ton article… et totalement responsable d’avoir acheté un « nouveau » VUS cette année ! 😛

    Notre dernier véhicule, acheté d’occasion et payé « comptant » en 2017, nous a lâchés au printemps dernier, après une bonne dizaine d’années de service et près de 200 000 km de plus au compteur. Malgré des soucis de climatisation, de rouille et plusieurs autres problèmes (surtout esthétiques), on l’avait quand même gardé en se disant « encore 2-3 ans de plus »… même avec les commentaires que certaines personnes de notre entourage nous faisaient ici et là ! 😀

    Mais au printemps, c’était vraiment la fin de la fin… direction la « cour à scrap » ! 😀

    Même avec une valeur nette d’environ 1,6 M$, ma conjointe et moi détestons dépenser pour un véhicule. C’est une dépense qui nous écœure, qui nous stresse à payer (contrairement aux voyages et autres expériences). Mais là, on n’avait plus vraiment le choix…

    Au final, on a opté pour un VUS d’occasion, un Honda CR-V 2024, dans la version la plus de base possible (qui répond quand même à nos besoins), pour environ 30 K$, encore une fois payé « comptant ». On devrait être tranquilles pour encore une dizaine d’années, voire plus, vu la réputation de fiabilité supérieure à notre ancien véhicule.

    Pour la première fois depuis longtemps, j’ai mal dormi quelques nuits, parce que j’ai dû sortir 30 K$ de notre compte d’épargne pour une dépense aussi peu excitante qu’une voiture.

    Cela dit, je n’ose même pas imaginer ma réaction si, en plus, je n’avais pas l’argent, si je devais faire un prêt auto, financer sur plusieurs années, acheter du neuf plutôt que de l’occasion (comme certains le suggèrent), ou encore changer de voiture tous les X ans pour suivre la mode… 😛 😛 😛

    1. R101, j’adore ton message car moi j’anticipe négativement le jour où ma rendra éventuellement l’âme. J’espère que ce jour saura être repoussé le plus loin possible parce qu’avoir une seule voiture, à deux, payée entièrement et qui soufflera ses 10 bougies le mois prochain, c’est pas juste une petite différence dans un budget; c’est drastique!
      Après ça les gens ne comprennent pas comment on fait pour voyager autant 😀
      On ne fait que des choix différents car nos revenus eux ne sont pas différents de la classe moyenne.
      Les voitures, c’est le plus grand véhicule d’appauvrissement en Amérique du Nord, et c’est d’une tristesse qu’il ne reste qu’une petite sélection de petites voitures, car même au-delà du prix, j’adore vivre et me déplacer dans le plus petit mais confortable possible.

      Toujours un plaisir de vous lire les gars, R101 et JS. À bientôt!

  4. merci JSP de ton partage! C’est triste de voir certains de nos semblables piégés par leur désir d’exposer leur image de marque! il faut se croire riches, puissants et totalement dégagés des problèmes environnementaux pour rester coincés tristement dans ce piège matérialiste et futile! et appauvris en prime!

  5. Nous avons aussi acheté un nouveau véhicule VUS car notre vieux de 13 ans n’était plus fiable pour faire de la grande route.
    Acheté cash, on ne voulait pas payer 7% d’intérêts, les employés qui nous le vendaient et qui ont des véhicules similaires ont réalisé que ça coutait cher un VUS, comme quoi les paiements mensuels détachent les gens du coût réel.

  6. Oui oui us and them.. ils sont petits et ignorants..Pas besoin de réitérer et de nous rappeler tout ça.. c’est pas vraiment aux frugaux que nous sommes de nous (re) faire le message.. drôle ou pas ..
    C’est encore plus déprimant ?
    À bonne entendeur

  7.  »Le prix du steak haché n’est qu’une distraction, votre vrai problème financier est stationné devant chez vous. »
    C’est bien dit. C’est vrai qu’il y a un problème d’inflation au pays, mais il y a aussi un grave problème de surconsommation.

  8. Merci, c’est intéressant ce reflet de notre société. L’image ou le paraître sont souvent tellement importants qu’ils guident le choix de plusieurs qui favorisent « l’avoir l’air » plutôt que d’être. Ces choix se font au détriment de leurs indépendances financières. Pour les autres qui ont un besoin intense d’attention, d’affection et du regard de l’autre découle généralement d’une grande insécurité affective ou d’une faille narcissique, malheureusement cela se fait souvent aussi au détriment d’une zénitude de nos populations par une pollution audible qui détériore nos vies qu’on aimerait souvent plus silencieuses.

  9. Je suis étudiant, il me fallait un véhicule. J’ai decidé de m’acheter une moto, pour le fun, mais aussi car cela coûte moins cher qu’une voiture. Je suis autonome avec au printemps, été et automne. L’hiver je prends mon vélo ou le bus.

  10. C’est tellement vrai! La majorité des gens s’offusque chaque jour de l’inflation sur le bœuf ou la laitue mais le même troupeau est toujours prêt à consacrer une part stratosphérique à son véhicule… Sachant qu’une simple Toyota Corolla coûte 800$ par mois si on inclut paiement, assurance, gaz et entretien et sachant que la très grande majorité des gens (88%) possèdent des véhicules énormément plus cher que cette fameuse Corolla, et bien c’est là qu’on se rend compte que l’inflation n’est pas la bonne cible sur qui mettre tout les maux du monde. C’est plutôt une question de comportement personnel. Qu’on se comprenne bien, ici je ne parle pas du gars qui achète un char à son goût, mais qui a foulé ses CELI et ses REER et n’a plus d’hypothèque comme dans un message plus haut. Je parle ici de la majorité qui achète un véhicule trop cher pour leurs moyens et qui vont oser se plaindre ensuite du coût de la vie et de l’incapacité à épargner… C’est quasiment une forme d’hypocrisie rendu là.

  11. Un pick-up pour y mettre sa boite à lunch! Nous vivons en banlieue et avons un vieux vus. Pour nos courses de proximité nous marchons et sommes vus comme des extraterrestre.

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